L’apparence corporelle a une place prépondérante dans notre société. Afin de maîtriser son image, chacun prodigue soins et attentions à son corps qui est ainsi lavé, soigné et paré. Mais cela ne doit pas faire oublier que l’hygiène corporelle est avant tout la meilleure des protections contre les infections. L’hygiène, une notion essentielle Les progrès de la médecine ont tendance à faire oublier depuis quelques décennies les règles fondamentales d’hygiène qui étaient inculquées dès le plus jeune âge aux enfants et qui s’inscrivaient rapidement comme un réflexe dans la vie quotidienne de chacun, assurant ainsi à la collectivité une protection élémentaire de santé. L’éducation, l’exemple et la répétition demeurent toujours les meilleures méthodes pour assimiler les gestes d’hygiène corporelle, domestique, alimentaire ou animale qui sont les outils de prévention les plus probants pour éviter bon nombre de pathologies. Antibiotiques, vaccinations et science moderne ont permis d’éradiquer bien des fléaux qui dévastaient autrefois les populations. Ces avancées médicales ont influé sur les comportements, la nécessité de respecter les mesures préventives en matière d’hygiène s’est estompée face au sentiment général de sécurité, tout à fait relatif, puisque l’émergence de nouveaux microbes, virus, risques alimentaires devient une réalité récurrente. De plus, ces nouveaux périls se propagent aujourd’hui à la vitesse des voyages du genre humain et du règne animal ! La vie moderne qui tient éloignée du domicile les actifs de nombreuses heures chaque jour, la facilité des déplacements, les équipements techniques de plus en plus perfectionnés, la multiplication des échanges, la population croissante, les repas faisant appel de plus en plus à la restauration collective, favorisent les contaminations et les fondamentaux de l’hygiène sont à réintroduire dans la vie quotidienne. Il est essentiel de remettre au goût du jour ces principes qui paraissent surannés et même de les adapter, pour contenir la propagation de nouvelles maladies ! Les mains sales Se laver les mains avant de passer à table, après chaque passage aux toilettes, avant de manipuler la nourriture est une priorité. Les mains sont les premiers vecteurs pour véhiculer des germes issus des voies respiratoires et du tube digestif. Dans son ouvrage « On s’en lave les mains »*, le Dr Frédéric Saldmann estime d’après une étude qu’il a effectuée avec son confrère, le Dr Fabien Squinazi qu’ »Un individu portant sur ses mains des bactéries fécales, comme le virus de la gastro-entérite par exemple, contamine entre 50 et 73 % des personnes dont il sert la main ». Poignées de main, poignées de porte, éternuements, passage aux toilettes... Les mains manipulent. Souillées, elles peuvent donc propager des millions de germes. L’auteur poursuit en insistant sur « la contamination fécale qui se retrouve ensuite au niveau des lèvres d’un tiers de ces sujets après qu’ils ont porté les mains à leur bouche ». Une contamination extrêmement importante expliquant la transmission de maladies telle que la gastro-entérite qui touche un grand nombre de personnes en très peu de temps. Grignotage à toute heure, « fast-food » avalé à la va-vite, nous portons les mains à la bouche très fréquemment, même machinalement, or certains germes émanant du tube digestif parviennent à résister plusieurs heures si les mains ne sont pas lavées consciencieusement. Dans son précédent ouvrage « Les nouveaux risques alimentaires »**, le Dr Saldmann révélait même la présence de traces d’urine dans des ramequins de cacahuètes proposés par certains cafés (tous les clients ne se lavent pas les mains au sortir des toilettes !). Bien se nettoyer les mains, c’est utiliser un savon liquide, les savonner une minute afin de décoller les bactéries, en insistant bien autour des ongles, les rincer trente secondes et s’essuyer minutieusement avec une serviette à usage unique. Il faut éviter le séchage à air chaud. En effet, il combine deux inconvénients. Le flux de l’air entraîne les germes présents sur les mains des usagers à l’intérieur de l’appareil, où ils prolifèrent dans la chaleur et l’humidité. Chez soi, les torchons, les gants de toilette, les serviettes à main… sont des nids à microbes à changer chaque jour et chaque semaine pour les draps de bain. L’idéal serait de ne s’essuyer qu’avec des matières à usage unique car un textile humide, souillé et réutilisé, est susceptible de contaminer à nouveau les mains. Avoir les mains propres, c’est aussi avoir des ongles soignés, coupés courts, il suffit de les brosser une fois par jour pour éliminer les saletés et microbes pouvant s’y loger. L’hygiène à travers les siècles Si de l’Antiquité au Moyen-âge, l’hygiène corporelle est très présente (des latrines romaines aux thermes collectifs et bains publics, les soins corporels ont une place importante dans la vie quotidienne), en Occident, la Renaissance marque un arrêt en matière d’hygiène. La médecine ne permettant pas d’expliquer l’apparition de maladies très graves, il était d’usage à cette époque de penser que l’eau en pénétrant par les pores de la peau les transmettait. Ainsi, la crasse semblait un élément protecteur. De plus, le clergé déconseillait aussi l’usage des bains et des ablutions. Les bains étaient surtout réservés à des fins thérapeutiques. Les latrines collectives dans les habitations ne seront réhabilitées qu’au XVIII ème siècle. Mais, ce n’est qu’au XIX ème siècle, que les fosses septiques se développeront et que des égouts évacueront les eaux usées. Par ailleurs, les recherches en biologie permettent de faire la corrélation entre bactéries et maladies infectieuses. Les mesures d’hygiène pour se protéger des maladies contagieuses commencent alors à être appliquées. Au XX ème siècle, les modes de contaminations sont démontrés. Les mesures d’hygiène s’ancrent dans les esprits. Enseignées dans les écoles, elles se divulguent au sein de la population. La toilette quotidienne à l’eau et au savon et le lavage des mains sont adoptés, l’hygiène s’impose. Et pourtant aujourd’hui, le lavage des mains au sortir des toilettes ne semble pas toujours de rigueur ! Douche ou bain ? Outre la réponse écologique, au plan de l’hygiène, la douche est préférable au bain qui favorise la macération et la prolifération des germes. Un bain ne lave efficacement que si l’on se douche, avant ou après. Il est utile de prendre quotidiennement une ou deux douches, selon ses activités. La douche matinale, tonique est souvent celle qui est préférée. Toutefois, celle du soir, peut s’avérer nécessaire à l’issue d’une journée de travail. Pour éliminer avec l’eau ruisselante de la douche tous les résidus de savon et de saleté, on commence par nettoyer le haut du corps pour descendre progressivement, de préférence avec les mains, qui, une fois propres, le sont plus que le gant de toilette. Un séchage soigneux avec une serviette propre est indispensable pour contrer la prolifération des germes. Il convient de s’essuyer entre les jambes d’avant en arrière et non l’inverse. En effet, chez les femmes, du fait de leur anatomie, des germes anaux peuvent être une source de contamination fréquente des voies urinaires et génitales. Les douches vaginales sont déconseillées afin de ne pas détruire la flore car les diverses bactéries que le vagin abrite évitent que des germes dangereux ne se développent et entraîne une infection. La toilette du visage Faire sa toilette consiste aussi à se laver les dents après chaque repas ou tout du moins matin et soir, en les brossant au moins trois minutes sur chaque face. Après chaque utilisation, il faut correctement rincer sa brosse à dents et la laisser sécher dans un endroit bien ventilé. Une brosse à dents doit se changer au moins tous les deux mois. Outre que cette dernière s’abîme à l’usage, il faut veiller à la changer systématiquement après une infection, même s’il s’agit d’un simple rhume car une brosse à dents est un véritable réservoir microbien et l’on peut se contaminer à nouveau en prolongeant son utilisation. Pour la même raison, il ne faut jamais prêter sa brosse à dents, ni d’ailleurs d’autres objets de toilette tels que brosse à cheveux, coupe-ongles, rasoirs, serviettes… qui doivent rester des objets personnels. Brossages et shampoings font partie des gestes courants. Le brossage démêle les cheveux et élimine la poussière. Les shampooings sont à utiliser au moins deux fois par semaine pour laver la chevelure et le cuir chevelu. Les brosses et les peignes sont aussi à laver régulièrement, à l’eau savonneuse chaude ou avec une solution d’ammoniaque. Et pour nettoyer ses oreilles, avec ses doigts ou un mouchoir en papier, on lave le pavillon externe de l’oreille et l’entrée du conduit auditif externe à l’eau et au savon. Les bâtonnets ouatés ne doivent pas être utilisés tous les jours, une à deux fois par semaine suffit. Il ne faut jamais dépasser l’entrée du conduit auditif car une utilisation inappropriée de ces bâtonnets contribue à la formation de bouchon. Camille Rist avec la participation de Dominique Gautier *Paru en 2007 aux Editions Flammarion. ** Paru en 1997 aux Editions Ramsay. |