Les erreurs ou les accidents médicaux entachent fréquemment les bénéfices de la médecine et entament la confiance des patients. L’Académie nationale de Médecine a publié un rapport sur l’erreur médicale, qui jusqu’à présent n’est traitée que sous l’angle judiciaire, afin de donner une priorité à la prévention et réduire l’ensemble des défaillances.
Pendant longtemps l’erreur médicale n’a pas « existée » et par conséquent n’a pas fonctionnée. Le médecin ou le chirurgien invoquait la fatalité ou l’état du patient, lorsque le malade qui s’était confié à lui pour guérir ou tout au moins voir son état s’améliorer, venait à décéder. Sa famille le pleurait mais incriminait rarement le médecin ou le chirurgien et lui gardait bien souvent sa confiance. Il ne serait jamais venu à l’esprit de nos grands-parents de traîner en justice un membre du corps médical pour faute professionnelle. Le médecin était insoupçonnable et la mort considérée comme un événement douloureux, mais normal. Les temps ont bien changé, la médecine devenue plus performante et plus technique, le taux de longévité allongé, la chirurgie et le fonctionnement hospitalier plus performants et paradoxe irritant, le médecin a perdu de son prestige, excepté quelques grands noms d’enseignants hospitaliers et la "judiciarisation" de l’acte médical une banalité. L’activité médicale relève de six caractéristiques : - « le médecin est appelé à porter volontairement atteinte à l’intégrité du corps humain, en dérogation « exorbitante » de l’article 16.3 du Code civil ; - la variabilité et l’imprévisibilité des réactions du corps humain ; - la nécessaire prise en compte de la composante psychologique du patient ; - l’exigence de confidentialité ; - la possibilité de situations d’urgence vitale, exigeant une décision immédiate, sans loisir d’un « délibéré » ; - le caractère irréversible de certains actes, qui ne peuvent être corrigés par un recours en « appel ». Il y a là une différence fondamentale avec la pratique judiciaire, car si l’on peut constater facilement la guérison d’un malade, l’amélioration de son état ou son décès, le rôle du juge est un rôle d’arbitrage entre deux parties, dont l’une risque d’être satisfaite du jugement et la seconde beaucoup moins. Depuis la suppression de la peine de mort, seul le médecin (et l’assassin) –que l’on m’excuse de ce rapprochement audacieux - peuvent « provoquer » la mort, dans des circonstances heureusement non comparables, la volonté n’étant que du côté de l’assassin. C’est pour répondre à ces problèmes que l’Académie nationale de Médecine a publié un rapport sur l’erreur médicale accompagné de « propositions pour une réduction des événements indésirables liés aux soins ». En onze chapitres très denses, cet ouvrage qui s’ouvre sur le rapport de l’Académie sur les préventions des erreurs médicales, se poursuit par une série d’interventions et d’auditions sur l’accident médical en milieu hospitalier. Illustré par la gestion du risque en anesthésie-réanimation et en gynécologie obstétrique, l’ouvrage passe ensuite en revue la partie indemnisation du risque (assurances et ONIAM *). Deux membres du Bureau d’Enquêtes et analyses pour la sécurité de l’aviation civile exposent ensuite de façon fort détaillée les procédures d’enquêtes établies lors d’un accident d’avion et du retour d’expérience, qui pourraient déboucher sur une méthode similaire en médecine : lui permettant de progresser par gains supplémentaires de sécurité. Une remarquable étude sur l’accident de Gonesse du 25 juillet 2005, qui vit le « crash » d’un Concorde, illustre remarquablement la précision de cette recherche des causes de l’accident. L’ouvrage s’achève par une contribution du professeur Emmanuel Alain Cabanis, de la faculté Pierre et Marie Curie sur l’application à l’évaluation du risque médical par la méthode statistique « six sigma » utilisée dans le contrôle de qualité dans l’industrie. Un ouvrage précieux qui va au fond des problèmes plus complexes que ne pourraient les laisser paraître les polémiques de la presse à sensation. Roger MUS, Pharmacien * Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux. De la sanction à la prévention de l’erreur médicale, Propositions pour une réduction des événements indésirables liés aux soins – sous la direction, de Georges David et Claude Sureau – EME Inter Lavoisier, éditeur. Les ouvrages de l’Académie nationale de Médecine sont en vente à la Librairie LAVOISIER, 11 rue Lavoisier 75008 Paris (Tél. 01 42 65 39 95).
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