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Prébiotiques et probiotiques


Prébiotiques et probiotiques : un bienfait pour les intestins ?
 
 
L’intestin ne limite pas son activité à la digestion des substances que nous absorbons quotidiennement (aliments, compléments alimentaires, médicaments, substances plus ou moins toxiques...), il constitue également un écosystème particulièrement complexe très riche en micro organismes divers.
 
Une question d’équilibre
Le tube digestif a une longueur d’environ 7 mètres et une superficie d’environ 200 m2, l’équivalent d’un cours de tennis. Les 400 espèces différentes de bactéries qui constituent le microbiote* intestinal forment une population cellulaire (100 000 milliards) 10 fois supérieure au nombre de cellules du corps humain.
L’évolution du microbiote intestinal est particulièrement admirable. L’enfant naît avec des intestins stériles, mais très rapidement diverses colonies de bactéries commencent à l’envahir, dont, parmi les premières, celles d’Escherichia coli, suivies après quelque temps par des colonies de bifidobactéries qui repoussent celles d’Escherichia coli ; A la période du sevrage très rapidement (quelques mois) le microbiote intestinal prend l’aspect de celui de l’adulte.
Le microbiote intestinal se trouve alors composé d’une population de bactéries potentiellement pathogènes et d’une autre, dominante, de bactéries bénéfiques qui restreint la croissance des bactéries pathogènes. Par ailleurs, avec l’âge, l’équilibre bactéries bénéfiques et bactéries potentiellement pathogènes se dégrade au profit de ces dernières.
La muqueuse intestinale joue un grand rôle dans la défense immunitaire de l’organisme grâce à un équilibre permanent entre les bactéries non pathogènes qui la colonisent. Celles-ci ont en effet une double obligation, déclencher une réaction immunitaire forte envers les bactéries pathogènes et par ailleurs n’avoir aucune réaction ou une réaction faible vis à vis des antigènes alimentaires ou des bactéries non pathogènes afin de maintenir l’équilibre physiologique du corps.
 
Le probiotique
C’est Ilja Metschnikoff, un chercheur russo-français qui le premier décrivit les propriétés de bactéries lactiques dans la lutte contre les bactéries nocives présentes dans les produits alimentaires et leur effet sur le système immunitaire. Il reçut le prix Nobel en 1908 pour ses travaux sur la « flore » intestinale.
Depuis l’antiquité, la méthode de conservation de certains aliments au moyen de la fermentation initiée par des bactéries lactiques est pratiquée.
La muqueuse intestinale est le siège de la réaction immunitaire : les lymphocytes B et T quittent les plaques de Payer situées dans l’intestin grêle et se répandent dans l’organisme pour lutter contre l’agression des bactéries pathogènes, fabriquant des antigènes intervenant ainsi dans les infections entérales, une thérapie antibiotique ou une immunosuppression.
L’Organisation Mondiale de la Santé définit le probiotique comme « un micro-organisme vivant (appelé aussi bactérie ou ferment) qui, ingéré en quantité suffisante, procure un bénéfice sur la santé de l’Hôte ». Tandis que R.Fuller définit les probiotiques comme « des compléments alimentaires microbiens vivants qui, lorsqu’ils sont ingérés, affectent positivement l’hôte en améliorant son équilibre microbien intestinal ». (1)
Parmi les forts nombreux probiotiques, dont beaucoup n’ont pas encore été étudiés, on peut citer, outre les bactéries lactiques (lactobacillus et bifidobacterium), utilisés depuis longtemps sans risques dans l’alimentation, Streptococcus thermophilus, Saccharomyces boulardii et Saccharomyces cerevisiae.
Les probiotiques étant ingérés et devant traverser le tractus digestif, on utilise particulièrement ceux qui sont capables de résister aux sucs gastriques et aux acides biliaires. Leur ingestion sous forme de gélules gastro-résistantes ou encore de poudre à diluer dans un grand verre d’eau 30 à 45 minutes avant un repas est particulièrement recommandée.
Les probiotiques ne sont pas les seuls à pouvoir améliorer le microbiote intestinal. Des ingrédients particuliers susceptibles d’être consommés par les bactéries bénéfiques du microbiote intestinal ont également un rôle important en santé humaine : ce sont les prébiotiques.
 
Le prébiotique
R.Gibson définit le prébiotique comme un « ingrédient alimentaire non-digestible qui affecte positivement l’hôte en stimulant sélectivement la croissance et/ou l’activité d’un nombre limité de bactéries dans le colon, qui ont le potentiel d’améliorer la santé de l’hôte ». (2)
Parmi les hydrates de carbone utilisés comme prébiotique en Europe, on peut citer l’inuline et les FOS (fructo-oligosaccharides) obtenus par hydrolyse de l’inuline. Le Japon utilise d’autres prébiotiques : oligosaccharides du soja, les galacto-oligosaccharides ou la gomme arabique.
La plus grande quantité d’inuline est extraite, en Europe, de la racine de chicorée**.
Le Centre de Recherche Nestlé Nutrition a pu utiliser des prébiotiques à base de fructo-pligosaccharides (FOS) pour améliorer l’équilibre du microbiote des personnes âgées, surtout marqué par une diminution importante des bifidobactéries. Cette étude menée sur des personnes de plus de 75 ans, vivant en maisons de retraite et de santé fragile a montré que le nombre des bifidobactéries dans le microbiote intestinal avait considérablement augmenté après 3 semaines d’un régime alimentaire enrichi en FOS.
Dans cette même étude, il a pu être montré que le processus d’inflammation chronique de ces mêmes personnes âgées était considérablement diminué après l’administration d’une alimentation enrichie en FOS, preuve de l ‘amélioration de leur système immunitaire. (3)
Une autre étude du Centre de Recherche Nestlé effectuée sur des nourrissons de 7 à 9 mois a pu montrer que l’administration pendant 10 semaines d’un ou deux sachets de CERELAC enrichi de PREBIO 1 (mélange de prébiotiques spécifiques) stimulait le système immunitaire de ces bébés : en effet la réaction de leurs anticorps à un vaccin contre la rougeole était beaucoup plus forte que celle relevée chez les bébés n’ayant reçu que du CERELAC de contrôle (sans PREBIO 1). (4)
 
Les associations
Signalons enfin que les probiotiques ou les associations probiotiques/prébiotiques (symbiotiques) chez les chiens, dont l’équilibre intestinal est assez proche de celui de l’homme, administré à de jeunes chiens améliorerait leur système immunitaire. D’où l’intérêt de leur utilisation dans l’alimentation des animaux de compagnie. (5)
Indiquons pour terminer que parmi les nombreuses études en cours, l’administration de symbiotiques chez l’homme aurait un effet positif sur la prévention des cancers du colon, mais aussi sur l’amélioration de la réponse immunitaire chez les personnes avec cancer du colon.
Nous pouvons constater que l’avenir des probiotiques et des prébiotiques risque d’être riche pour la santé humaine et que leur consommation quotidienne peut améliorer l’état intestinal et immunitaire de notre corps.
 
                                                                                                Henry RAMUZ

 
Documentation : Nestlé Research Center.
 
 *La communauté scientifique utilise le terme de microbiote de préférence à celui de microflore. En effet autrefois les bactéries étaient classées dans la catégorie des plantes et les bactéries intestinales portaient l’appellation de « flore intestinale. De nos jours les bactéries ne sont plus considérées comme des végétaux (ni comme des animaux du reste)
** la chicorée est une plante qui a été largement utilisée dans le Nord de la France comme substitut du café et pour ses propriétés digestibles.
(1)     Fuller R. Probiotics: the scientific basis, 1992; Chapman Hill, Ny, 1-8.
(2)     Gibson R. et al. J Nutr 1995; 125; 1401-1412.
(3)     Guigoz Y et al. Nutr Res 2002 ; 22 ; 13-25
(4)     Firmansyah A et al. J Pediatr Gastroenterol Nut 2000; 134S
(5)     Benyacoub J et al J Nutr 2003; 133; 1158-1152
 
 


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