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Médecine chinoise


 Henri Ramuz

L’étude historique de la médecine chinoise présente quelques difficultés essentiellement dues à l’ancienneté de la ou plutôt des civilisations chinoises (troisième millénaire avant J.C.), à l’étendue des territoires sur lesquels elle s’est développée, aux nombreuses ethnies et royaumes qui ont vécu sur le territoire de l’actuelle République Démocratique de Chine. Certains y ont même vu une origine ésotérique, voire philosophique.



 Un peu d'histoire

Une légende fait remonter la naissance de la médecine chinoise au troisième millénaire av. J.C. du fait de l’enseignement de 3 empereurs. Aujourd’hui, l’existence même de ces empereurs est contestée. On considère cependant que du XXI ème siècle jusqu’au V ème siècle av. J.C., la médecine chinoise s’est développée et approfondie d’une façon remarquable. Ce système trouve essentiellement son fondement dans la philosophie, les premiers médecins étant des prêtres et des magiciens. Ils se sont constitués en profession indépendante à peu près à la même époque où en Grèce, Hippocrate, que l’on considère comme le fondateur de la médecine occidentale, séparait la médecine de la religion.
En 1929 les médecins chinois formés à la médecine occidentale obtinrent l’interdiction de la médecine traditionnelle ; mais celle-ci fut rétablie à la suite de manifestations populaires.
Dans la Chine d’aujourd’hui coexistent médecine traditionnelle et médecine occidentale ; leur enseignement dans les universités est de même durée et aboutit chacun à un diplôme différent.



 Les préceptes de la médecine chinoise


La médecine chinoise ne peut se comprendre, si l’on ne peut admettre que tout phénomène vital est consubstantiel d’un ensemble indivisible et interactif et que l’homme lui-même est un élément de l’univers dont il ne peut être séparé. En outre, la physiologie de la médecine chinoise considère que tous les tissus et viscères du corps humain (cœur, poumons, foie, rate et reins) sont étroitement dépendants, ce qui la différencie de façon notable de la physiologie occidentale. Par ailleurs les émotions et les sentiments influencent l’état physiologique de l’homme et réciproquement. Enfin la notion de temps à une importance primordiale dans la médecine chinoise,
rejoignant les notions plus modernes de « chronobiologie ».
 
C‘est ainsi que l’ouvrage de référence en médecine chinoise, le Nei Jing, décrit le cycle mensuel :
« Quand la Lune est pleine, la santé de l’homme est florissante, le Sang est abondant, les fonctions biologiques ont leur pleine activité, les muscles sont forts et la peau est ferme ; s’il est attaqué par un Vent nocif ( un facteur pathogène ), il sera seulement légèrement atteint ; par contre quand la Lune est vieille ( Nouvelle Lune ), c’est l’inverse, le Sang est peu abondant, les fonctions sont déficientes, les muscles faibles et la peau relâchée ; s’il est attaqué par un Vent nocif, l’Homme souffrira de maladies graves ». ( Ling Shu  ) ( 1 ).
En résumé la médecine chinoise a pour objectif « au-delà de la guérison des maladies, la restauration d’un vaste équilibre dans sa totalité, et par rapport à l’ensemble de l’univers ».
La médecine chinoise établit son diagnostique à partir de trois éléments :
 
-         le Yin et le Yang
-         les Substances vitales
-         les Cinq éléments.
 
    Le Yang est dans la graphie chinoise le versant ensoleillé de la montagne et le Yin le versant ombragé : ce sont deux facteurs qui s’opposent et sont en même temps interdépendants, se transformant mutuellement l’un dans l’autre.
 
Les Substances vitales sont :
 
-         le Qi
-         le Sang
-         l’Essence du Jing
-         les Liquides organiques
-         le Shen
 
Le Qi est l’énergie qui sous-tend tout ce qui existe dans l’Univers.
Le Sang est dans la médecine chinoise le liquide qui nourrit et hydrate l’organisme.
L’Essence du Jing est ce qui nous est transmis par nos parents et permet notre développement de la naissance à la vieillesse.
Les Liquides organiques sont toutes les substances liquides qui circulent dans l’organisme ( sueur, salive, mucus, …), mais aussi les fluides qui hydratent le cerveau, la moelle épinière, les articulations… ( fluides ).
Enfin le Shen peut être assimilé à notre Qi et à notre esprit.
 
Les Cinq Eléments sont :
 
-         le  Bois
-         le Feu
-         la Terre
-         le Métal
-         l’Eau
 
Ces cinq éléments ont chacun un certain nombre de qualités et sont liés avec deux organes différents l’un Yang, l’autre Yin (par ex. : la Terre avec la rate et l’estomac, le Métal avec les poumons et le gros intestin…).
Ces divers éléments concourent tous dans la médecine chinoise à l’établissement d’un diagnostic, ce qui est assez différent de la médecine occidentale qui s’appuie pour ce faire sur des symptômes physiques ou des dérèglements biologiques.
De nombreuses méthodes sont utilisées par les médecins chinois tant sur le plan préventif qui a une très grande importance, que sur le plan curatif. Nous ne pourrons décrire dans le cadre de cet article que les principaux moyens que cette médecine très ancienne met au service du malade comme de l’homme en bonne santé.
 



 L’acupuncture


L’acupuncture est la méthode la plus connue en France, car elle y a été introduite par un diplomate français en poste en Chine. Cependant son essor dans le monde occidental date du voyage du Président Nixon en Chine, lorsque, avec sa délégation, il put observer dans des hôpitaux des malades, subissant des interventions chirurgicales importantes, protégés de la douleur par l’acupuncture. Cette thérapeutique se pratique avec de longues aiguilles que l’on implante dans certains points particuliers du corps. Lors du traitement ces points sont soigneusement choisis par le thérapeute en vue de rééquilibrer le Qi du patient en supprimant un certain nombre de blocages. Conjointement à l’acupuncture on peut utiliser la moxibustion qui consiste à faire brûler une plante médicinale (l’armoise) à proximité du corps du patient voire même aux point d’acupuncture. Cette technique est destinée à réchauffer le Qi et réguler sa circulation.



 La phytothérapie


Une autre méthode utilisée par la médecine chinoise est la phytothérapie. Elle consiste dans l’administration de racines, d’écorces, de tiges, de feuilles, de fleurs et de graines de nombreuses plantes sauvages ou cultivées. Le phytothérapeute chinois choisit le mélange de plantes qu’il doit administrer sous formes de décoction, de pilules, de teintures, de poudre ou de pommades. Ces formules sont utilisées depuis des milliers d’années en Chine et sont préparées à partir d’une matière médicale se composant de plus de 400 plantes, produits animaux ou minéraux.
La différence est essentielle entre la phytothérapie occidentale, qui est prescrite de façon unitaire (une ou deux plantes associées) et selon les méthodes de la médecine occidentale moderne, et celle du phytothérapeute chinois qui établit sa prescription sur les théories de la médecine traditionnelle chinoise.
 



 La diététique


Enfin l’on ne peut terminer cette brève étude de la médecine chinoise sans dire un mot de la diététique. Par rapport à nos habitudes alimentaires, les Chinois consomment moins de viande, de graisses et de sucre et plus de céréales, de légumes secs, de légumes verts et de fruits. La répartition idéale étant 40 à 60% de céréales et de légumes secs, 20 à 30% de légumes et de fruits et 10 à 15% de viandes, poissons, graisses et laitages. De plus les diététiciens chinois déconseillent les aliments crus qui demandent de la part de l’estomac davantage d’énergie et de chaleur. Aussi recommandent-ils de faire cuire légèrement la plus grande partie des aliments.
Ce survol de la médecine chinoise vous aura montré combien elle est complexe, différente de la médecine occidentale mais vraisemblablement d’une efficacité certaine : n’oublions pas qu’en Extrême Orient, plus des millions de personnes sont soignées par la médecine chinoise.



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