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Le diabète


 LE DIABÈTE EN FRANCE EN 2003

 Par le Professeur Léon Perlemuter, ancien chef de service d’endocrinologie, diabétologie - CHU Paris XII -

Sous le mot diabète se cachent quelques obscures questions et une compréhension très approximative d’une affection qui est l’une des seules qui dure toute la vie, mais au cours de laquelle paradoxalement, le malade devrait être bien portant.


 LE DIABETE QU’EST-CE ?

Très simplement une hyperglycémie chronique, c’est-à-dire un taux de glucose dans le sang supérieur à 1,26 g./L. à jeun. Ce signe qui définit la maladie en est en réalité, la conséquence. Le mécanisme initial  du diabète est une insuffisance en insuline, hormone indispensable pour assimiler le glucose et en utiliser l’énergie. Le diabète n’est pas une maladie de l’absorption des sucres dans l’alimentation comme l’idée fausse en est répandue !  Il existe deux formes majeures de diabète :
- Dans le diabète de type 1, autrefois appelé insulinodépendant ou maigre, la carence en insuline est rapidement absolue, due à une destruction des cellules ß du pancréas qui la sécrètent. Le mécanisme des destructions est auto immun, mettant en jeu des anticorps dirigés contre les cellules ß. L’administration d’insuline, à vie est indispensable.
- Dans le diabète de type 2, autrefois appelé diabète de la maturité ou diabète gras, la carence en insuline est progressive. Elle apparaît en général à partir de 40 ans et s’aggrave avec les années. De plus l’efficacité de l’insuline est diminuée. Ce phénomène est appelé « insulinorésistance » et est dû à plusieurs mécanismes. La conséquence est qu’il faut beaucoup plus d’insuline que normalement pour obtenir un effet efficace sur des tissus tels que le foie, les muscles et les reins.
Quel que soit le type de diabète, on n’est pas diabétique par hasard : l’hérédité joue un rôle majeur et les facteurs d’environnement : surpoids, sédentarité, tabagisme contribuent au déclenchement du diabète et à ses complications.


 LE DIABETE DANS LE MONDE ET EN FRANCE

La prévalence du diabète dans le monde est de 4,9% soit pour une population totale de 5,5 milliards d’individus, 151 millions de personnes atteintes dont 4.6 millions atteints de diabète de type 1. Ces chiffres, publiés par la Fédération internationale du diabète sont inquiétants si on les projette dans l’avenir car ils font craindre une explosion du nombre des diabétiques dans les deux décennies qui viennent.
Pour la France les chiffres sont d’environ 3% soit environ 2 000 000 de diabétiques de type 2 connus et 180 000 de type 1. On estime à environ 800 000 le nombre de personnes atteintes de diabète de type 2, mais non reconnus.
Le terme d’ «épidémie», souvent utilisé, n’est pas correct car le diabète n’est évidemment pas contagieux, mais un doublement du nombre des diabétiques en France est attendu jusqu’en 2020.


 COMMENT LE DIABETE SE DETECTE-T-IL ?

Le critère internationalement admis est celui de la glycémie à jeun dosée au laboratoire à deux reprises par la méthode de référence :
- au delà de 1.26 g./L. ( 7 mMol./L. ) l’étiquette diabète est appliquée au sujet,
- entre 1,10 ( 6 mMol./L. ) et 1.26 g./L. ( 7 mMol./L. ) le sujet est dit « douteux »,
- en dessous de 1,10 ( 6 mMol./L. ) le sujet n’est pas diabétique.
D’autres méthodes ont été proposées, par exemple chez la femme enceinte, mais aucune n’est aussi facile, précise, reproductible et peu coûteuse que la glycémie à jeun. La glycémie faite «au hasard » dans la journée doit dépasser 2g./L. (11mMol./L.) pour que le diagnostic de diabète soit posé.
La vraie question est de savoir chez qui il faut faire le dépistage du diabète. Il paraît peu raisonnable ni rentable de faire un examen de  dépistage pour toute la population. En revanche, on admet qu’il est très utile de rechercher le diabète chez les personnes à risque : après 45 ans, en surpoids, avec des diabétiques (même éloignés) dans la famille et lors de maladies sévères ou de prises de médicaments comme les corticoïdes (même en injection locale, même inhalés pour l’asthme) et chez les personnes à risque cardio-vasculaire comme les hypercholestérolémiques et les fumeurs.


 LE DIABETE : EST-CE GRAVE DOCTEUR ?

Un diabète diagnostiqué tôt et surveillé tôt n’est pas grave. Un diabète longtemps négligé peut être très sévère. C’est en effet la durée du diabète et l’importance de l’hyperglycémie chronique qui déterminent la gravité du diabète.
On sait actuellement que les complications observées au cours du diabète sont dues à l’atteinte des artères et des nerfs. Cette atteinte est due au dépôt de produits anormaux liés à la dénaturation par le glucose des protéines normales de l’organisme. Cette atteinte se produit au niveau des artères du cœur, du rein, des membres inférieurs ; elle atteint aussi les petites artères des reins et de la rétine.
L’atteinte des nerfs des membres donne une perte de la sensibilité et des douleurs. Les lésions des pieds sont d’origine à la fois artérielle et nerveuse.
 
Finalement, le principal drame du diabète est le véritable « quitte ou double » des complications : bien traité, bien surveillé, le diabète est une contrainte mais non une maladie invalidante ; mal traité ou mal suivi le diabète peut rendre infirme et diminuer l’espérance de vie. La vraie difficulté est celle du diabétique qui doit lui-même prendre en charge son traitement.


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