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Nouvelles pathologies : les addictions sans drogues (2)


Dans un précédent article nous avons évoqué deux addictions courantes : le jeu pathologique et l’addiction sexuelle. Nous nous pencherons dans celui-ci sur d’autres dépendances : l’addiction aux jeux vidéo, à Internet et au travail, ainsi que sur l’addiction particulière que constituent les achats compulsifs. 


Toile et dépendance

Nul ne peur nier les immenses facilités apportées par Internet dans le domaine de la communication, mais aussi dans celui du travail quotidien ou de l’apprentissage du savoir et des connaissances. Cependant un certain nombre de personnes dépassent cet objet « utilitaire » pour adopter une conduite addictive sans commune mesure avec un temps de connexion normal à Internet. Les cyberdépendants sont pour la plupart des individus qui cherchent à remplacer le réel par le virtuel : « l’Addiction Internet, peut déterminer la négation ou l’évitement d’autres problèmes de la vie courante «. (Dr Ivan K. Goldberg "Questions and Answers about Depression and Its Treatment").
Les cyberdépendants passent de nombreuses heures sur le net à la recherche d’une communication dans l’irréel et le virtuel, se détachant ainsi de la vie courante et réelle, devenant ainsi « accros » à un monde dans lequel ils se sentent plus à l’aise, réconfortés par la possibilité de vivre des aventures extraordinaires sans quitter leur bureau ou leur chambre. Echappatoire à la réalité, « L’Internet, offre tous les attraits d’un monde lissé, parfaitement poli, idéalisé, d’un cadre de vie stable, protecteur » (Inserm).
Un certain nombre de psychiatres font un rapprochement entre les cyberdépendants et les alcooliques, tous deux étant des individus ayant des difficultés de communication avec autrui. N’oublions pas que dans le langage courant Internet est dénommé Web, qui signifie en anglais toile d’araignée, propre sans doute à attirer les « cybermouches » sans toutefois les dévorer, tout au moins physiquement !
Mais au-delà du désir de communiquer en permanence, notamment par l’intermédiaire du « Chat » et maintenant des « Blog », dialogues et journal littéraire des déculturés qui ont peu à peu, avantageusement remplacé la correspondance et l’autobiographie qui ont fait l’honneur de la littérature française (Madame de Sévigné, Chateaubriand…), mais aussi de nombreuses littératures européennes, on répertorie une nouvelle forme d’addiction, variante de l’addiction sexuelle étudiée dans notre précédent article. En effet, on peut y rattacher la « Sexualité Assistée par Ordinateur » (Philippe Spoljar, Nouvelles technologies, nouvelles toxicomanies ?), susceptible selon l’auteur « d’effacer les frontières entre masturbation et rapport sexuel ». P.Virilio qui préfère le terme de cybersexualité écrit de son côté : « on invente une perspective nouvelle, la perspective du toucher, qui permet une sexualité à distance, la télé copulation. […] aujourd’hui, à des milliers de kilomètres, je peux non seulement toucher avec des gants de données, mais avec une combinaison spéciale, je peux faire l’amour à une fille à Tokyo, ses impulsions m’étant transmises par des capteurs me permettant de faire jouir et de jouir moi-même ».
On peut également rattacher au jeu pathologique, les jeux vidéo et les jeux sur la toile auxquels sont « accros » de plus en plus d’adolescents, mais aussi d’adultes conditionnés dès leur plus jeune âge à la passion de l’image et au son diffusés par la télévision sorte de baby-sitter moderne, substitut des parents occupés par leurs obligations professionnelles ou sociales.
 Téléphonomania


Téléphonomania


Provoquée par les nouvelles technologies, on ne peut passer sous silence l’addiction au téléphone portable ou « téléphonomania » : conversations interrompues par une brève séparation (à la sortie de l‘école ou du collège) et qui se renouent dès l’arrivée à la maison pour poursuivre pendant des heures un dialogue décousu. Ou encore ces phrases d’une banalité à pleurer saisies dans un TGV ou un TER : « il est dix-huit heures trente, je suis dans le train, j’arriverai dans un quart d’heure ». Ou bien encore ces consultations compulsives du téléphone portable à tout moment aboutissant de temps en temps à un dialogue hautement instructif : «C’est toi qui as appelé ? » - « Pas du tout » - Ah ! bon parce que j’ai entendu mon téléphone sonner, mais la sonnerie s’est tue tout d’un coup ; Je croyais que c’était toi. Excuse-moi tchao ! ».
Dans notre monde contemporain, parler évite de penser et de réfléchir ; mais qu’avons-nous à faire de la pensée et de l’intelligence, toutes deux dépassées, nous sommes en vie pour consommer et faire la fête, le reste est obsolète et vieillerie.
Ainsi nous sommes tous branchés actifs ou passifs dans le métro, le train, la rue, au restaurant, au cinéma dans les amphis… (tout rapprochement avec le tabagisme actif et passif étant valable).
 
La fièvre acheteuse


L’achat compulsif qui n’est pas une nouveauté a été amplifié par la possibilité d’achats on-line ou achat en direct. Certes notre société a mis au point grâce au marketing et à la publicité un nouveau type d’individu : le Consommateur.
Ce comportement qui peut être identifié comme une envie d’acheter immaîtrisable peut être constant ou épisodique. Impulsif et irraisonné provoquant un fort sentiment de culpabilité lorsque les dépenses ont été ou non financièrement élevées. Mais ce peut être également un comportement de collectionneur, l’individu achetant régulièrement le même type d’objet (chaussures, livres, cravates, robes…).
En outre, ce type d’achat peut-être aussi une « thérapie » contre une situation psychologique d’angoisse ou de tension (achats compulsifs de celui ou celle qui vient d’apprendre l’infidélité de sa compagne ou son compagnon, par exemple). Comme pour le jeu pathologique, les achats compulsifs peuvent mettre en danger l’équilibre financier de l’individu ou de la famille (on considère qu’il y a achats compulsifs et excessifs lorsqu’ils représentent plus du quart des revenus de la personne qui en est victime).
 
Les workaholics


Nous terminerons cette brève étude sur les addictions sans drogues par les fous du travail que les Américains ont surnommés les « workaholics » par analogie à la dépendance à l’alcool.
Certes le nombre d’heures consacrées au travail ne détermine pas forcément une addiction. On peut être surmené au travail, mais tant que toute l’énergie de l’individu n’est pas uniquement consacrée au travail, tant qu’un déséquilibre ne se crée pas entre la vie professionnelle et la vie affective, familiale et sociale, on peut considérer comme « normal » le temps consacré au travail.
Deux psychiatres, J.Adès et M. Lejoyeux indiquent que : « La frénésie du travail, qui peut aller jusqu’à l’épuisement, est en fait une peur foncière de l’inactivité, du libre cours laissé par le repos, aux sentiments, aux pensées, aux émotions que contient efficacement l’occupation ». Ce sont souvent des perfectionnistes incapables de déléguer la moindre tâche mais aussi emplis de la crainte de perdre du temps. Ce sont souvent de très fortes personnalités cadres supérieurs ou dirigeants d’entreprise.
Cependant la plupart du temps le « workaholic » ne pourra mener son rythme de travail sur un long temps. Très rapidement des troubles psychomatiques vont apparaître l’empêchant de consacrer tout son temps au travail : troubles du sommeil, hypertension artérielle, ulcére gastro-duodénal, troubles cardio-vasculaires, etc.
 
Ce bref tour d’horizon des addictions sans drogue nous démontre que l’homme risque d’être broyé par le progrès s’il n’arrive pas à trouver un équilibre certes difficile parmi toutes les sollicitations dont il est la cible et la victime.
 
 
Henri Ramus
Pharmacien
 


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