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Nouvelles pathologies : les addictions sans drogues (1)


 Nouvelles pathologies : les addictions sans drogues

Chez un individu, la dépendance vis à vis d’un toxique et par extension d’une pratique ou d’une situation sociale particulière dénote des troubles psychologiques. Il peut présenter un mode de fonctionnement incluant la recherche de plaisir, la quête de limites et un isolement dû à l’appauvrissement de sa vie affective, relationnelle et intellectuelle. L’addiction implique un fort désarroi et devient la seule source de soulagement.



 Mode de fonctionnement

Si la Toxicomanie et la dépendance aux drogues font partie depuis longtemps des préoccupations médicales, psychiatriques et psychologiques, une forme récente, tout au moins pour certaines d’entre elles, ont fait leur apparition dans la société contemporaine et risquent de se développer considérablement dans les années à venir. Leur liste est assez longue et sans souci d’exhaustivité nous évoquerons le travail, la télévision, le sexe, le portable, le jeu, le sport, les achats compulsifs, internet... Le tabac et l’alcool, d’un usage courant dans nos sociétés s’apparentant plutôt à la toxicomanie.
Venant du latin addictus le mot addiction a été utilisé jusqu’au Moyen-Age dans le langage juridique : l’addiction était l’arrêt qui permettait à un plaignant de disposer à son profit du débiteur défaillant pour récupérer sa dette : une forme d’esclavage !
Tomber en désuétude dans la langue française avec la disparition de la peine, ce mot a ressuscité dans la langue anglaise avec le verbe to addict (s’adonner) d’où les psychanalystes français forgeront le concept d’addiction.
Dans la liste non limitative que nous citons plus haut, le terme actuellement employé est celui d’addictions comportementales, encore que le terme dépendance paraisse plus approprié.*
 


 Le Jeu pathologique

Le DSM (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) publié par les psychiatres américains, n’a admis officiellement cette pathologie qu’en 1980 (DSM III).
Il définit le Jeu pathologique comme « une pratique inadaptée, persistante et répétée du jeu qui perturbe l’épanouissement personnel, familial ou professionnel ». Un certain nombre de critères sont la caractéristique de cette pathologie. Nous ne citerons que les principaux :
-         la préoccupation par le jeu,
-         le besoin de jouer avec des sommes d’argent croissantes pour atteindre l’état d’excitation désiré,
-         l’agitation ou l’irritabilité provoquée par les tentatives de réduction ou d’arrêt, souvent infructueuses, de la pratique du jeu,
-         les mensonges proférés à sa famille ou à son médecin pour dissimuler la véritable ampleur de ces habitudes,
-         fraudes, vols ou falsifications, détournement d’argent sont très souvent un moyen couramment employé pour se procurer les sommes nécessaires à cette pratique.
Ces pratiques sont souvent mises en parallèle avec celles observées chez les toxicomanes.
Le joueur pathologique va passer successivement par une phase de gain, une rencontre avec la chance, une phase de perte (le joueur rejoue pour essayer de « se refaire ») : le système est alors enclenché ;  le besoin d’argent laissant la place au besoin de … rejouer. Puis s’installe une phase de désespoir : le jeu n’arrivant pas à résoudre les difficultés qui se cumulent (soucis financiers, familiaux, professionnels) et que le joueur croit pouvoir résoudre en continuant à jouer.
Le DSM IV estime que les joueurs pathologiques représentent entre 1 et 3 % de la population adulte. En France une étude** a pu établir que 90 % des sujets étaient des hommes âgés de 24 à 45 ans, avec une prédominance de la tranche 40-44 ans. La majorité d’entre eux sont mariés et ont des enfants. La plupart ne jouent qu’à un seul jeu, les machines à sous ayant la préférence des femmes.
Plus de 20 % des joueurs ont commis des délits, une majorité sont surendettés et ont des relations conjugales fortement perturbées.
Il faut naturellement dissocier des joueurs pathologiques, les joueurs sociaux qui sont des joueurs occasionnels ou réguliers mais pour lesquels le jeu demeure un loisir limité dans leur vie.
Le suivi thérapeutique souvent organisé par des associations du type « Alcooliques anonymes » (Gamblers Anonymous) doit se doubler évidemment d’une prise en charge de leurs difficultés financières leur permettant de sortir de leur surendettement (loi Borloo du 1er août 2003).


 Addiction sexuelle

Les addictions sexuelles englobent à la fois « l’hyper sexualité, les troubles sexuels compulsifs et les troubles caractérisés par un désordre des impulsions. »  Certes la frontière entre sexualité épanouie et sans tabou et addiction sexuelle peut-être difficile à définir. Les comportements de Casanova ou de Don Juan, encore que différents l’un de l’autre correspondent aux addictions sexuelles les plus fréquentes. Cependant avec la levée des tabous sur la sexualité, celle-ci est plus ouverte chez les hommes comme chez les femmes. De nombreux psychiatres ont déterminé les caractéristiques du passage d’une sexualité ordinaire à une sexualité addictive. Le tableau le plus courant est celui dressé par E.Colman***. Il considère qu’au moins deux des attitudes suivantes doivent être présentes chez un patient pour établir un diagnostic d’addiction sexuelle :
-         « drague compulsive avec recherche de gestion du stress et de l’anxiété,
-         auto érotisme compulsif, masturbation pouvant aller de cinq à quinze actes par jour.
-         vie affective alimentée par de nombreux fantasmes (hyper- idéalisation du sujet avec délires de jalousie),
-         rapports compulsifs amoureux multiples avec insatisfaction des relations amoureuses.
-         Sexualité compulsive avec de nombreux rapports sexuels, vécus de manière insatisfaisante, besoin interminable d’actes sexuels, d’expression amoureuse et d’attention».
Ces comportements nécessitent une recherche constante d’un éventuel partenaire, indispensable pour la maîtrise de son anxiété et le maintien de l’estime de soi. Coleman précise que le patient utilise le partenaire comme un objet,  ce comportement sexuel étant associé à un état morbide et schizoïde.
Certains auteurs parlent d’intoxication sexuelle, d’autres décrivent comme un signe d’addiction sexuelle le fait qu’un comportement sexuel compulsif se produise en dépit des conséquences négatives qu’il entraîne.
La majorité des praticiens traitent à part les paraphilies décrites dans le DMD IV comme des dyscontrôles impulsifs tels que l’exhibitionnisme (exposition des ses orgasmes génitaux), le frotteurisme (acte de toucher ou de se frotter contre une personne non consentante), la pédophilie (activité sexuelle avec un enfant pré pubère), le sadomasochisme (excitation sexuelle provoquée par une souffrance psychologique ou physique de la victime), le travestisme (travestissement d’un sujet masculin par des vêtements féminins), le voyeurisme (acte d’observer des personnes généralement étrangères, nues, en train de se déshabiller ou d’avoir des rapports sexuels) … Ces manifestations compulsives présentent des conséquences sociales beaucoup plus graves que les « simples » addictions sexuelles et ne seront pas étudiées dans cet article.
Les consultations ne sont pas fréquentes pour ce type de conduite addictive. Les thérapies sont différentes selon que la conduite est d’origine récente ou plus ancienne. La thérapie cognitive et comportementale semble apporter de bons résultats. Des thérapies de groupe calquées sur le modèle des Alcooliques Anonymes donnent également d’excellents résultats aux Etats Unis, mais ce type d’association est encore peu répandu en France
 
(A suivre) 
Henri RAMUZ.     

  
* « On pourrait craindre que nos addictions ne soient qu’un artifice, représentant en médecine populaire, ce que challenge est devenu en économie ou en sport : une variante un peu snob du défi, le mot étant simplement anobli par son américanisation » (Docteur Marc Valleur, Médecin –Chef, Centre Médical Marmottant).
 
** A.Achourd-Gaillard. Les joueurs dépendants : une population méconnue en France.CREDPC.1993
 
*** E.COLMAN .The obssive-compulsive model for describing compulsive sexual behaviour. American Journal Prev Psychiatr Neurol 1990; 2(3): 9-14



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